23/04/2012

Somalie: Franchir une zone de guerre pour accoucher

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Voici Eric Otieno, notre coordinateur médical  après la naissance des premières triplettes à l'hôpital de Hanano à Mogadiscio, accompagné du Dr Nessy (à droite) et de Mr Sakatta, infirmier (à gauche).


Depuis janvier,  de plus en plus de femmes se déplacent jusqu’à notre maternité de Mogadiscio.

Dans sa dernière lettre, Eric Otieno, notre anesthésiste et coordinateur médical en Somalie, nous décrit le cas de femmes qui, en dépit des violences auxquelles elles font face, réussissent à venir à la maternité pour accoucher.  Il nous raconte :

« Lors du mois de mars, nous avons enregistré une augmentation des activités au sein de notre maternité. En même temps il ya eut une augmentation des attaques à Mogadiscio.

Pas moins de 3 attaques au mortier, destinées à viser le palais présidentiel, ont touché le camp des déplacés. Plusieurs personnes ont été arrêtées alors qu’elles tentaient d’importer des explosifs en ville. D’autres ont été tués lors d’attaques à mains armées et d’explosions.

Le mois a débuté avec l’arrivée de notre nouvel obstétricien et chirurgien de fistule Congolais, Dr Yunga Foma. En mars, nous avons effectué 26 opérations chirurgicales de fistule et 12 césariennes. 75 accouchements se sont déroulés sans aucune complication. La majorité des patientes venait de Hodan et de Medina, villes proches de l’hôpital, mais certaines ont dû traverser des zones de guerre pour rejoindre nos locaux.

Voici deux histoires qui m’ont touché :

Une jeune femme, âgée de vingt ans à peine, a tenté d’échapper à la pauvreté en migrant jusqu’au Yémen espérant trouver un moyen d’aller en Europe par la suite. Accompagnée de personnes partageant le même rêve, ils furent malheureusement bloqués à plusieurs reprises à cause de nombreux barrages sur la route et d’attaques de groupes armés. A peine avaient-ils atteint le Yémen, que la jeune femme fut violée par un des jeunes hommes qui faisait partie de l’expédition. Elle abandonna ses rêves d’une meilleure vie, traumatisée par ce qui venait de lui arriver. Elle fut déportée en Somalie après un mois au Yémen. Elle ne réalisa que quelques mois plus tard qu’elle était enceinte. Ses peurs se confirmèrent, le bébé était le fruit du viol dont elle a été victime. Elle se sentit très seule, en plus d’être rejetée et stigmatisée par son entourage. Elle se confia à sa grand-mère qui l’escorta jusqu’à l’hôpital d’Hanano alors que le travail débutait. Elle accoucha d’un beau petit garçon. Confuse, un sentiment de bonheur s’empara d’elle, mélangé aux souvenirs douloureux que représentait cet enfant.

Une autre femme, au parcours tout aussi dur m’a marqué. Elle nous a raconté qu’elle avait traversé la dangereuse région en guerre de Ceylasha pour arriver jusqu’à l’hôpital. Elle était enceinte et à terme lors de son périple. Sa pire crainte était de commencer le travail sur le chemin de l’hôpital sans personne pour l’aider. Cette région est sujette à de très lourds conflits entre le gouvernement de transition et les militants Al Shahab. C’est une zone qu’il est interdit de traverser la nuit. Les femmes, qui accouchent le soir, ne reçoivent d’ailleurs aucune aide de sages femmes traditionnelles car personne n’a le droit de sortir le soir. Etant donné son extrême pauvreté, elle empaqueta le peu de choses qu’elle avait et prit le risque de marcher toute une journée jusqu’à l’hôpital d’Hanano car elle avait entendu dire qu’elle pouvait être prise en charge gratuitement. Elle se trouve maintenant à nos côtés en attente d’accoucher. Elle a bien fait de venir, elle est en sécurité chez nous ».

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