06/02/2012

Des femmes atteintes de fistule se dévoilent à Mogadiscio

somalie,fistule,mogadiscioDepuis peu nous avons commencé à soigner des femmes atteintes de fistule à Mogadiscio. Il s’agit du seul service gratuit existant actuellement dans la capital Somalienne et peut-être dans tout le pays.

Nous ne savons pas combien de femmes sont atteintes de fistule en Somalie – des centaines, des milliers? Les facteurs de risque sont répandus: difficulté d'accès à une césarienne en temps voulu, malnutrition chronique, grossesses précoces, violences... 

Ces femmes sont souvent isolées, marginalisées, très pauvres et donc difficile à trouver. 

Eric Otieno, notre anesthésiste et coordinateur médical en Somalie, va à la rencontre de ces femmes atteintes d’une fistule obstétricale qui commencent à sortir de l’ombre pour se faire soigner.  Il nous raconte :

"Nous avons déjà pu opérer 28 femmes atteintes de fistule obstétricale et avons maintenant une bonne raison de sourire, car les résultats de nos chirurgies commencent à être visibles.

Nos patientes se portent bien.

Certaines d'entre elles ont eu leurs cathéters retirés et rentrent à la maison rétablie après avoir souffert durant des années de l'humiliation liée à leur incontinence urinal et fécale. Beaucoup d'entres elles ont dû endurer la peine du divorce et de la séparation de leurs maris.

Notre plus vieille patiente a 65 ans. A l'age de 30 ans elle a eu un bébé mort-né après un accouchement qui a duré plus de 24 heures. Finalement, elle a subi une césarienne dans un hôpital privé, mais trop tard, car elle a développé une fistule vésico-vaginale une semaine plus tard. Elle a vécu avec ce traumatisme durant 35 ans sans pouvoir se payer une chirurgie. Aujourd'hui, elle est guérie et attend de rentrer à la maison propre et sèche.

Une autre patiente était enceinte lorsqu'elle a fuit la guerre avec ses deux enfants. Perdue au bon milieu de la brousse sans aide, sans abris ni nourriture pendant cinq jours, elle commença le travail et accoucha sous un arbre. Son bébé a miraculeusement survécu, mais elle a développé une fistule.

Une femme de la région de Gedo a été touchée par balle à la hanche lorsqu'elle et sa mère fuyaient des combats alors qu'elle n'avait que deux ans. Les fragments de la balle ont blessé sa vessie la rendant incontinente. Elle a dû vivre avec cette blessure pendant plus de 20 ans.

Une autre femme nous a raconté qu'elle emmenait son enfant malade à l'hôpital de Mogadiscio un soir et qu’elle a été accostée par sept hommes puis violée en groupe. Elle a souffert de sérieuses blessures génitales et anales qui l’ont rendu incontinente fécale.  Son opération a été un succès et elle est dorénavant guérie.

Certaines patientes sont tellement pauvres qu’elles ne peuvent pas se payer les transports pour rentrer chez elles. WAHA s’est arrangé pour financer le transport des patientes vers leurs domiciles.

Nous pensons que beaucoup plus de femmes vont continuer à arriver depuis que le mot circule de plus les femmes soignées aident à répandre le message.

Certaines n’ont pas pu se rendre au centre faute d’argent. Mais elles auront peut-être la possibilité de venir une prochaine fois."

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